Formule de Taylor

I Le théorème des accroissements finis.

Le théorème des accroissements finis, base de tous les développements de Taylor, est lui-même le résultat d'une suite de théorèmes fondamentaux que nous admettrons ici : Les deux théorèmes de Heine et le théorème des valeurs intermédiaires.

Premier théorème de Heine.

Toute fonction réelle de la variable réelle, continue sur un segment, y est bornée et atteint ses bornes.

Deuxième théorème de Heine.

Toute fonction réelle de la variable réelle, continue sur un segment, y est uniformément continue.

Théorème des valeurs intermédiaires.

Toute fonction réelle de la variable réelle , continue sur le segment , prend au moins une fois toute valeur comprise entre et .

Théorème de Rolle.

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue sur le segment , dérivable sur l'ouvert et vérifiant , alors il existe au moins un point de où la dérivée de s'annule : . Si la fonction est constante, pas de problème. Dans le cas contraire prend au moins une valeur en un point intérieur à l'intervalle . Supposons , pour fixer les idées. D'après le théorème de Heine la fonction admet un maximum en un point de et ce maximum vérifie , donc est intérieur à l'intervalle . La dérivée de au point vérifie
donc et
donc  
la dérivée de la fonction au point est nulle.

Théorème de Rolle à l'infini.

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue sur l'intervalle , dérivable sur l'ouvert et vérifiant , alors il existe au moins un point de où la dérivée de s'annule : .

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue sur l'intervalle , dérivable sur l'ouvert et vérifiant , alors il existe au moins un point de où la dérivée de s'annule : .

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue et dérivable sur , vérifiant , alors il existe au moins un point de où la dérivée de s'annule : .

L'idée de la démonstration est simple, si la fonction n'est pas constante, elle prend au moins une valeur . D'après le théorème des valeurs intermédiaires, il existe deux valeurs et encadrant qui vérifient , ce qui permet d'appliquer le théorème de Rolle sur le segment .

Théorème des accroissements finis.

Si est une fonction réelle de la variable réelle continue sur le segment et dérivable sur l'ouvert , alors il existe au moins un point de où la dérivée de vérifie
La fonction définie par la relation
vérifie les conditions du théorème de Rolle sur le segment , donc il existe un point intérieur à l'intervalle tel que

Inégalité des accroissements finis.

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue sur le segment ( avec  ) et dérivable sur l'ouvert , elle vérifie l'inégalité des accroissements finis :

Corollaire.

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue sur le segment et dérivable sur l'ouvert , si la dérivée de reste absolument bornée par sur l'ouvert , alors la fonction est -lipschitzienne sur le segment  :

Corollaire.

Si est une fonction réelle de la variable réelle, continue et dérivable sur l'ouvert , si la dérivée de admet une limite à droite de alors :
  • est prolongeable en une fonction continue sur ,
  • la fonction admet une dérivée à droite de ,
  • la valeur de la dérivée est précisément .

Interprétation géométrique du théorème des accroissements finis :

Si est une courbe continue sur le segment et dérivable sur l'intervalle , il existe un point de la courbe, strictement compris entre les points et , où la tangente est parallèle à la sécante entre et .

II Approximation polynomiale.

On dit que le polynôme de degré est une approximation polynomiale à l'ordre de la fonction ( est un développement limité de la fonction  ) au voisinage de , si et seulement si la différence est un infiniment petit d'ordre supérieur à , en .
ou
 

Théorème.

Si une approximation polynomiale à l'ordre de la fonction existe, elle est unique.

Supposons que admette deux approximations polynomiales et de même degré , soit et .
donc .

Supposons maintenant vraie la proposition pour , on établit comme précédemment
donc . La propriété, vraie pour , est vraie de proche en proche jusqu'à l'ordre .

Corollaire.

Si est une approximation polynomiale de à l'ordre et une approximation de à l'ordre , s'obtient en supprimant dans les termes de degré supérieur à . Notons le polynôme obtenu en supprimant dans les termes de degré supérieur à .

La définition de
entraîne immédiatement
donc est une approximation de à l'ordre , or nous savons que est la seule approximation de à l'ordre .

III Théorème de Taylor-Young.
 
Définition.

On appelle polynôme de Taylor de la fonction à l'ordre en le polynôme
Remarquons d'abord que si le polynôme de Taylor de existe à l'ordre en , celui de la dérivée de existe à l'ordre en et vérifie
Théorème de Taylor-Young.

Le nombre est un entier strictement positif. Si la fonction vérifie les deux conditions :
  • est fois dérivable dans un voisinage de ,
  • est fois dérivable en ,
le polynôme de Taylor de à l'ordre en est une approximation polynomiale de en  :
A l'ordre 1 on reconnaît la définition de la dérivée de en  :
 
soit :
Etant donnée une fonction , fois dérivable dans un voisinage de et fois dérivable en , son polynôme de Taylor à l'ordre existe. On suppose que le théorème de Taylor-Young est vrai jusqu'à l'ordre inclus et on utilise la fonction intermédiaire  :
Les fonctions et sont définies dans le voisinage de et vérifient les conditions de Taylor-Young à l'ordre .
La proposition :
exprimant l'hypothèse de récurrence est vérifiée et s'exprime à l'aide de la fonction  :
D'où on déduit facilement pour assez voisin de  :
La valeur absolue nous gêne pour appliquer le corollaire du théorème des accroissements finis à la fonction . Cette fonction est bien sûr dérivable sur le segment , nous distinguons deux cas selon le signe de .
Premier cas,
Le deuxième cas, , se traite de la même façon :
Puis on recolle les morceaux pour arriver à :
Ce qui donne en revenant à la définition de  :
La valeur de ayant été arbitrairement choisie, nous retrouvons l'expression du théorème de Taylor-Young à l'ordre . Ce théorème vérifié pour est vrai pour tout supérieur à 1.

IV La formule de Taylor-Young en dimension deux.

Si la fonction est une application d'un voisinage connexe de dans , fois dérivable dans et fois dérivable en , on pose ( abrégé en  ) pour obtenir le théorème de Taylor-Young :
L'interprétation géométrique est immédiate, si on pense que représente le couple des coordonnées d'un point du plan affine et que les dérivées de sont alors des vecteurs.

Rappelons un peu de vocabulaire :
est une courbe paramétrée, l'ensemble image de , , est la trajectoire de . La courbe est simple si et seulement si l'application de même nom est injective. Si l'intervalle est un segment qui vérifie , la courbe est fermée.

L'approche suivante vient de la cinématique, si le vecteur est nul en on dit que le paramètre est stationnaire en , sinon il est dit régulier. Quand le vecteur est non nul, il définit la direction de la tangente à la courbe.

Attention.

L'étude d'une courbe paramétrée n'est jamais intrinsèque à sa trajectoire, l'orientation et donc la concavité, la définition de valeurs stationnaires, dépendent du choix du paramétrage.

Etude locale d'une courbe paramétrée.

Dans le développement de Taylor que l'on supposera toujours suffisant, la première dérivée non nulle, disons , définit la direction de la tangente. Ensuite, la première dérivée non colinéaire à , appelons la  ), définit avec une base et donc un repère local
noté
à l'aide duquel on précise le comportement de la courbe en .

Principe.

Le point est un point de rebroussement si et seulement si l'ordre de la première dérivée non nulle, « », est pair.

La courbe traverse sa tangente au point si et seulement si l'ordre de la deuxième dérivée retenue, «», est impair.

Résumons :
 
Point régulier.
Point d'inflexion.
Rebroussement de seconde espèce.
Rebroussement de première espèce.
La concavité est tournée vers . La courbe traverse sa tangente.
La flèche indique le sens du parcours selon les croissants.

Remarque.

La concavité d'une courbe est orientée vers les ordonnées positives si et seulement si la pente de la tangente est une fonction ( implicite ou non ) croissante de l'abscisse du point de contact. On sera donc amené à comparer les croissances des fonctions et sur le domaine d'étude.

Cas particulier.

L'analyse privilégie les courbes d'équation , on oublie souvent que leur représentation n'est qu'un cas particulier de courbe paramétrée :
Dans ce cas le vecteur dérivée première n'est jamais nul et détermine toujours la tangente à la courbe, le vecteur dérivée seconde est nul si et seulement si la dérivée seconde de est nulle, on retrouve les résultats classiques.

V Généralisations des développements limités.

Développement à gauche ou à droite. Dans tout l'exposé précédent nous avons supposé que la fonction considérée admettait des dérivées en et dans un voisinage bilatère de . Les résultats sont exactement les mêmes si on restreint l'étude de la fonction à la demi-droite ou .

Développement « au voisinage de l'infini ».

Nous dirons que la fonction admet un développement limité à l'ordre au voisinage de l'infini ( resp ou  ) si et seulement si la fonction composée :
admet un développement limité au même ordre en 0 ( resp ou  ).

Développement asymptotique.

La définition d'un développement asymptotique suppose l'existence d'une famille de fonctions utilisée comme échelle de comparaison. L'étude générale sort totalement du cadre de cet exposé.

Un cas particulier courant utilise les méthodes que nous venons d'étudier :

L'échelle de comparaison retenue est celle des puissances entières de et la fonction est supposée dominée par une fonction polynôme. Ce qui s'exprime rappelons le :
Dans ce cas déterminer le développement asymptotique de la fonction à l'ordre au voisinage de , revient à trouver le développement limité de la fonction :
à l'ordre au voisinage de .
La méthode est assez explicite pour ne pas requérir de commentaire.


    La formule de Taylor-Young gère l'allure du fonction au voisinage d'un point, mais il y a d'autres « formules de Taylor » que nous allons mentionner.

VI Formule de Taylor-Lagrange.

On considère une fonction définie sur le segment , fois continûment dérivable sur ce segment et fois dérivable sur l'ouvert . La fonction vérifie la proposition de Taylor-Lagrange à l'ordre  :
Remarquons que pour , nous retrouvons le théorème des accroissements finis.

La démonstration, on s'en doute, va faire intervenir une fonction auxiliaire pour nous permettre d'appliquer le théorème de Rolle. Nous posons
Le nombre étant choisi pour vérifier  :
Le Théorème de Rolle appliqué à la fonction assure l'existence du nombre vérifiant
donc .

La quantité est appelée reste de Lagrange à l'ordre .


Remarquons que la formule de Taylor-Lagrange ne fournit pas une approximation de la fonction au voisinage d'un point (  ou  ? ) mais donne des informations sur le comportement de la fonction à l'intérieur de l'intervalle . Par exemple, pour , nous obtenons un encadrement subtil :

VII Formule de Taylor avec reste intégral.

Une fonction définie et de classe sur le segment ( i.e. fois continûment dérivable sur ce segment ) vérifie la formule de Taylor à l'ordre avec reste intégrale :
Pour , nous retrouvons le théorème fondamental de l'intégration.

Supposons la propriété vraie à l'ordre et intégrons par parties le reste intégral :

Remarquons que les conditions requises pour calculer le reste intégrale sont plus fines que celles nécessaires pour appliquer le théorème de Taylor-Lagrange et que, si ces conditions sont vérifiées, le théorème de la moyenne permet de retrouver le reste de Lagrange.

La fonction est supposée continue sur le segment , on vérifie la proposition
d'où le résultat cherché.
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C.S.T. Mathématique 1999. Mise à jour du 04/07/07.